Description
La compréhension du mouvement des Gilets jaunes passe par celle des transformations des classes populaires. Il est vrai quelles ne sont pas ce que « la classe ouvrière » na jamais été ailleurs que dans limagination des intellectuels, mais ouvriers et employées représentent encore plus de la moitié de la population active. Par ailleurs, leffritement de la condition salariale au cours des quatre dernières décennies, lextension du chômage de masse, la précarisation et linsécurité sociale qui en résultent ont réactivé la menace de « déstabilisation des stables », creusant le clivage entre « établis » et « marginaux ». Le déclin post-soixante-huitard de la croyance au messianisme ouvrier, lessor de la « petite bourgeoisie nouvelle » et la promotion de nouvelles causes dont elle se définit comme lavant-garde permettent de rendre compte de linvention dune représentation disqualifiée des classes populaires dont la figure du « beauf » rassemble les stigmates. Ce genre de manifestations de la domination et du mépris de classe engendre à la fois lhumiliation et la colère, souvent tacites, des dominés et un ensemble de pratiques quinspire le souci de « respectabilité ». Résurgence inattendue des classes populaires supposées disparues, le mouvement des Gilets jaunes semblait dautant plus insolite quil sétait mobilisé en dehors des organisations syndicales et politiques et quil semblait, de ce fait, incontrôlable. La peur des « classes dangereuses » ressurgissait dans les beaux quartiers. La mobilisation des Gilets jaunes était demblée confrontée à un déploiement de violence physique et symbolique spectaculaire. Léventuelle convergence entre les Gilets jaunes et le mouvement de grève contre la réforme des retraites remettait à lordre du jour la question de la représentation. Les « black blocs » et la mouvance anarchiste lélargissait aux thématiques de « lhorizontalité », de « la violence émeutière » et de « linsurrection ». Gérard Mauger, sociologue, est directeur de recherche émérite au CNRS, chercheur au Centre Européen de Sociologie et de Science Politique (CNRS-EHESS-Paris I)





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