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Revue Savoir/Agir n 59-60 – Luniversit nest pas une entreprise (Revue)

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Description

« Luniversité nest pas une entreprise ! ». Ce slogan a scandé les dernières mobilisations contre les réformes des universités, qui se sont multipliées ces dernières décennies. Pourtant, à y regarder de plus près, force est de constater que lenseignement supérieur et la recherche se distinguent de moins en moins des entreprises dans ses modes de gouvernance : la collégialité se voit concurrencée par la centralisation du pouvoir dans les mains de gestionnaires, lautonomie par lévaluation constante et le financement sur projet, ou encore la solidarité par un morcellement croissant des corps des salarié-e-s et de leurs intérêts respectifs. Ce numéro propose ainsi de revenir sur ces métamorphoses, de leur esprit à celles et ceux qui les appliquent et les vivent au quotidien. Les articles qui le composent peuvent ainsi contribuer à éclairer, par mosaïques, certains éléments de ces transformations universitaires et dégager les dynamiques de leurs appropriations, des accommodements et des résistances qui ne manquent pas sinterrogeant tout dabord sur les savoirs qui ont présidé à ces métamorphoses et sur les modalités de leur circulation et de leur application au sein des universités et des organismes de recherche, le numéro entend revenir sur la séquence des réformes des universités de ces dernières décennies. Quand on constate la convergence des réformes et quon en dégage un « esprit », quand on parle de « modèles » duniversités qui se diffusent, il reste difficile de saisir empiriquement ce qui circule et de quelle manière. Quentin Fondu, Mélanie Sargeac et Aline Waltzing retracent ainsi lhistoire du programme de gestion des établissements denseignement supérieur de lOCDE (1969-2016), qui contribue à créer de nouveaux savoirs sur et pour la gestion des universités, et à former de nouveaux agents du monde académique, dépositaires à la fois dune légitimité scientifique et dun pouvoir administratif. Christophe Charle retrace quant à lui les difficultés réformatrices auxquelles sest trouvé confronté le pouvoir politique au cours des soixante dernières années en France : il en conclut notamment au morcellement grandissant des corps enseignant et administratif au sein de luniversité, marqué en particulier par laugmentation de la précarité, ce qui rend désormais difficile toute perspective de revendication collective. En prenant pour objet les rapports à lorigine de ces réformes, Joël Laillier et Christian Topalov montrent que les réformes en question, loin dêtre inefficaces, ont contribué à une refonte en profondeur des modalités dorganisation de lenseignement supérieur et de la recherche (ESR). Toutefois, cest surtout la chronologique de ces reconfigurations qui leur permet a posteriori den dégager leur doctrine « esprit » de la réforme, dont la cohérence ressort après coup, doit également être appréhendé au travers de ses relais nationaux et locaux, qui permettent son application à ces différentes échelles. Pour suivre cette « chaîne dactions réformatrices », Etienne Bordes prend pour objet la Conférence des présidents duniversité et ses métamorphoses. Au départ marqué par une forme dautonomie et de collégialité, elle fonctionne depuis quelques décennies davantage comme une courroie de transmission de plus en plus directe entre ministère de lESR et établissements. À une autre échelle, Mathieu Uhel montre le rôle charnière de lencadrement intermédiaire dans la transformation de luniversité de Caen : fort dun pouvoir grandissant et de formations de plus en plus spécifiques souvent assurées par des organismes privés , ils échappent aux règles de collégialité qui prévalaient antérieurement au sein de cet univers pour appliquer un management plus vertical et descendant. Audrey Harroche sintéresse également aux personnes qui se font les relais, plus ou moins volontaires, des politiques dexcellence dans les établissements labellisés « Idex »Â : elle observe que, dans un contexte de manque de moyens structurels, les perdants du jeu de lexcellence ne sy opposent pas, dans lespoir dy gagner un jour. Si ces transformations ont en premier lieu des conséquences sur les conditions de travail des personnels de lESR et sur les étudiant-e-s, elles déterminent également des métamorphoses plus profondes, des modalités de financement et des représentations sur le monde universitaire. Revenant sur la fusion des différentes universités à Strasbourg en 2008 et sur le poids grandissant des appels à projets dans le financement de la recherche, Jay Rowell revient sur la marginalisation des sciences humaines et sociales (SHS) qui en a découlé, insuffisamment dotées et adaptées à ces nouvelles formes de mise en concurrence des personnes et des disciplines. Rogue ESR et Camille Noûs, enfin, nous enjoignent à la résistance collective, face à la passivité voire au cynisme : on ne tire jamais aucune épingle de ce jeu-là et, plus encore, on se retrouve parfois, …

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